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« Le Yoga ce n'est pas pour moi »

Dernière mise à jour : il y a 4 jours

Ce malentendu qui éloigne ceux qui en ont le plus besoin.

C'est la phrase qu'on entend partout : « Le Yoga ? Je ne suis pas assez souple. »


Elle paraît anodine. Elle est, en réalité, le symptôme d'un malentendu qui prive des millions de personnes — souvent les plus tendues, les plus stressées, les plus raides — de ce qui pourrait précisément les aider.


Parce que le Yoga n'a jamais été un sport de souplesse. On vous a vendu une porte d'entrée, en oubliant de vous dire qu'il y avait une maison derrière.


À l'origine, ce n'était pas de la gym.


Remonter à la source.

Les textes qui ont donné naissance à toutes les écoles de Yoga — les Yoga Sūtra de Patañjali, les Upaniṣa, la Bhagavad-Gītā — ne parlent quasiment pas de postures athlétiques. Ils parlent de l'esprit, du souffle, de la conduite de la vie.


Patañjali définit le Yoga en une phrase qui ne mentionne pas le corps : *l'apaisement des fluctuations du mental*. Le ministère indien de l'AYUSH, qui encadre officiellement le Yoga en tant que l'une des 6 Traditional Systems of Medecine, l'écrit sans détour : le Yoga « ne porte pas sur l'exercice ».


La posture — l'āsana* — y tient une place minime : trois aphorismes sur près de deux cents, et sa définition tient en trois mots, « une assise stable et confortable ».


À l'origine, ce n'est même pas une figure : c'est une position assez paisible pour s'asseoir, respirer, et commencer le vrai travail.


D'où vient alors le « Yoga des souples »


D'une époque récente, le Yoga très postural que l'on voit aujourd'hui s'est largement constitué au XXᵉ siècle, par croisement avec la gymnastique et la culture physique de l'époque (l'historien Mark Singleton l'a documenté en détail). Autrement dit : la racine contemplative est ancienne ; les versions « sport » ou "transcendentale" , les reprises ou inspirations plus ou moins assumées sont modernes. Cette confusion visant à "démocratiser" le Yoga a finalement éloigné de la pratique traditionnelle les gens qui en avaient le plus besoin.


Car en classant le Yoga parmi les disciplines sportives, on a installé un prérequis imaginaire : *il faudrait déjà être souple, mince, performant.* Résultat : ceux qui se sentent raides, maladroits ou trop enveloppés — souvent ceux que le stress a le plus crispés ou rendus passifs— se disent « ce n'est pas pour moi » et passent leur chemin. La porte se referme devant hélas les bonnes personnes.


Au-delà de la souplesse


Le Yoga, dans son architecture complète, ne vise pas un corps performant. Il vise un état intérieur plus stable. Le corps n'y est qu'un instrument : on le travaille pour qu'il cesse d'être un obstacle, afin de pouvoir respirer amplement, poser l'attention, apaiser le mental.


Et ce travail n'est pas qu'une affaire de « bien-être » vague. Réguler le souffle et l'attention agit sur la physiologie du stress : la recherche associe la pratique à une baisse du cortisol et à une régulation de l'axe du stress (l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien).


Les preuves restent à consolider, et le Yoga ne « soigne » rien à lui seul — mais l'idée qu'il ne serait qu'un étirement est, elle, clairement fausse. S'y ajoute une dimension que la gym ne prétend pas offrir : une manière de se réorienter dans la vie, de remettre ses priorités sur un axe motivant et durable.


Tout cela est accessible sans aucune souplesse. C'est même souvent l'inverse : plus on est tendu, plus on a à y gagner.


Et les « flows » de fitness, alors ?


Soyons justes : extraire de bons enchaînements d'inspiration yogique pour bouger, c'est tout à fait valable. Le problème n'est pas le mouvement. Il est ailleurs : quand on efface l'origine (on rebaptise les postures de noms anglais ou français, sans dire que cela vient du Yoga) et qu'on range le tout sous l'étiquette “développez votre souplesse”, on prive les gens de la clé qui mène à la profondeur. On garde le geste, on jette le sens — et on passe à côté du trésor.


Le pas qui change tout


Il ne s'agit pas d'ajouter des postures difficiles. Il s'agit de réinscrire la pratique dans la vie quotidienne. C'est ce que j'appelle 'être Yoga plutôt que faire du Yoga.


C'est ce que l'Āyurveda appelle la Dinacharyā, la routine quotidienne. Le Yoga cesse alors d'être un cours du mardi pour devenir une façon de tenir son attention et son énergie au fil de la journée.


Alors, la souplesse se révèle, mais aussi le calme intérieur, la vitalité et le respect de soi.


➡️ Pour aller plus loin :« Le corps comme instrument : les huit membres du yoga, et ce qu'ils changent vraiment » — la méthode détaillée, sources à l'appui.

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